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Quelle attitude adopte le monde arabe face à la mondialisation ?

Dubai Clock Tower © Cateloy/IMA
La mondialisation peut être définie comme la mise en relation des différentes régions du monde par des échanges commerciaux et intellectuels. Promouvant l’effacement des frontières, elle a souvent été perçue par les États arabes comme une menace car elle les met en concurrence directe avec le modèle économique, idéologique et culturel occidental. L’ouverture qu’elle impose, notamment à travers Internet, renforce la dépendance des économies et des systèmes politiques vis à vis de l’Occident. De ce fait, ce phénomène est souvent perçu comme une forme de néo-colonialisme par des États aux idéologies encore très nationalistes.

Néanmoins, si les pays arabes restent souvent conservateurs du point de vue culturel et politique, ils s’engagent parfois avec un certain enthousiasme dans la mondialisation économique, à la fois en s’inspirant des modèles occidentaux et en investissant massivement dans les économies étrangères. Leur attitude est donc souvent ambivalente, ce qui rend parfois difficile la lecture des politiques engagées par les gouvernements en place, tant pour les populations arabes que pour les observateurs étrangers.

Conteneurs dans le port de Djibouti © Fontaine/IMA


En effet, la mondialisation impose son lot de mutations dans les domaines économique, politique, social, mais aussi environnemental, technologique et culturel. Elle implique des interactions permanentes, à des échelles variées, entre différents acteurs et entités : États, entreprises, ONG, groupes sociaux, individus... Face à cela le monde arabe est appelé à réagir, au même titre que l’ensemble des régions de la planète. Il s’adapte souvent de manière presque automatique aux mutations technologiques et économiques : adoption de politiques économiques libérales, augmentation du taux de pénétration d’Internet et d’utilisation des nouvelles technologies de l’information et de la communication dans les sociétés civiles et les institutions gouvernementales, etc. Les pays producteurs d’hydrocarbures, notamment ceux du Golfe arabo-persique, jouent un rôle fondamental dans les échanges économiques mondialisés ; d’autres États ou régions arabes demeurent plus en marge, à l’instar du Yémen ou des zones rurales du Maghreb.

À l’inverse, le monde arabe adopte une attitude défensive face aux mutations politiques et sociales, perçues comme une invasion culturelle de l’Occident. C’est en partie ce qui explique la crispation identitaire sensible ces vingt dernières années, notamment autour de la religion musulmane. L’islam sunnite, majoritaire dans la région, s’est progressivement laissé étouffer par les doctrines rigoristes wahhabite et salafiste. Leurs promoteurs ont profité d’une situation socioéconomique dégradée pour les imposer, notamment auprès d’une partie de la jeunesse arabe en quête d’une nouvelle identité, débarrassée du sentiment d’infériorité né de l’histoire coloniale.

Bien que le monde arabe ne soit pas une entité homogène, les sociétés arabes semblent réagir de manière quasi similaire face à la mondialisation qui s’impose de manière péremptoire à l’ensemble de la planète. Certes, celle-ci est probablement inévitable : les États arabes ont longtemps résisté sans réellement réussir à y échapper. Mais printemps arabes, djihadisme, islamisme et féminisme sont autant de produits d’une mondialisation intégrée par le monde arabe, selon ses propres référentiels culturels.
Khadidja Guebache

Pour aller plus loin :

  • Mondialisation et nouveaux médias dans l'espace arabe, Franck Mermier, Paris : Maisonneuve et Larose, Maison de l’Orient et de la Méditerranée, 2003
  • The Arab economies in a changing world, Marcus Noland, Howard Pack, Washington : Peterson Institute for international economics, 2011
  • Mondialisation et société de la connaissance aux Émirats arabes unis, Maghreb-Machrek, 2008, 1, 195
  • Le monde arabe dans la mondialisation, France Stratégie, 2013, Voir le site
  • Mondialisation culturelle dans le Golfe persique, Le Dessous des cartes, arte, 2008, Voir le site

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