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La danse orientale est-elle la même partout ?

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Que connaissons-nous aujourd’hui des danses dans les pays du monde arabe, mis à part la figure de la danseuse orientale ? Pourtant, les danses des pays du monde arabe se caractérisent par leur multiplicité. Derrière l’appellation générique de « danse orientale » se cache une diversité de pratiques qui traversent le Maghreb et le Moyen-Orient.

L’origine de ces danses n’est ni unique, ni liée à une ethnie en particulier. Il est préférable de la penser en termes de contacts et de métissage. En effet, chaque danse est marquée historiquement par différents héritages, qui contribuent à lui attribuer une teinte spécifique et l’influencent du point de vue de la technique corporelle, du style, du costume mais aussi du rapport au rythme et à la musique. Ainsi, par exemple, l’héritage africain est très présent dans certaines danses du Maghreb telles que celles des Gnawa au Maroc et le stambali en Tunisie. Notons aussi la présence des héritages andalou (la danse algéroise), turc, berbère, et occidental.

Dans le monde arabe, les danses se pratiquent en solo, mais aussi en groupe, comme pour la dabke proche-orientale. Il existe des danses de femmes, d’hommes ou mixtes. Elles mobilisent certains mouvements tels que les frappes de pieds, l’ondulation du torse ou encore les tremblements du bassin.

Certaines d’entre elles, telles que les danses de mariage, détiennent une fonction sociale et participent à la cohésion d’un groupe ou à l’intégration d’un individu au sein d’une communauté mais elles sont aussi parfois des marqueurs d’appartenance sociale. Par exemple, plusieurs danses masculines sont des démonstrations d’un savoir-faire de guerriers. La légende raconte que la danse allaoui de la région de Tlemcen en Algérie aurait servi pendant la guerre d’Algérie à transmettre les codes secrets et les cachettes des armes. Certaines danses de transes ont aussi pour fonction thérapeutique de libérer les individus du mal qui les habite.

Les danses arabes peuvent être donc liées à des rites, coutumes, célébrations mais ces fonctions sociales ne peuvent mettre de côté leur portée esthétique. Il est possible de classer les danses en trois catégories en fonction du contexte dans lequel elles sont effectuées : danses collectives (célébrations, mariages, etc.), danses esthétiques (présence d’un public), danses spirituelles (transes, possession, etc.). Il faut aussi séparer les danses pratiquées de façon spontanée dans un contexte social donné et les danses professionnelles. La question de la professionnalisation n'est pas nouvelle, mais son institutionnalisation a été renforcée par l’apparition, depuis les années 1960, des ministères de la culture qui ont contribué à réglementer et à reconnaître le métier d’artiste.

La forme la plus connue des danses arabes professionnelles est sûrement celle qu’on appelle « la danse du ventre », liée géographiquement à l’Égypte et à ses figures de danseuses orientales, imposées notamment par l’industrie cinématographique des années soixante au Caire. Ces films, mais aussi l’éclosion des cabarets, ont largement contribué à faire connaître une danse orientale féminine et sensuelle. Les expressions, au singulier, « danse du ventre » ou « danse orientale » sont par ailleurs, souvent teintée de fantasmes, véhiculés par les peintres et écrivains orientalistes et qui ont aussi participé à façonner cette danse.

Face à la figure de la danseuse orientale travaillant dans les restaurants ou les cabarets, on voit éclore, depuis quelques années, un mouvement artistique et scénique. Des chorégraphes travaillent à faire émerger une danse arabe qui ne se limite pas à ses aspects sensuels et féminins. Ils inscrivent leur démarche dans une recherche de réactualisation des danses traditionnelles selon les codes de la scène contemporaine. Une nouvelle réflexion se met en place afin de leur ouvrir les portes des scènes artistiques.

Il est aussi important de souligner l’émergence d’une danse contemporaine dans les pays du monde arabe. Depuis les années 1980, des centres de formation ont vu le jour dans certains pays arabes pour enseigner et promouvoir cette discipline. Des chorégraphes arabes font désormais parti du marché de l’art et sont programmés dans des festivals nationaux et internationaux.

« Danse du ventre », recherche chorégraphique, ou nouvelles tendances contemporaines ou hip hop, le corps qui danse dans le monde est un espace à la frontière des temps et des cultures.
Mariem Guellouz

Pour aller plus loin :

  • Les mille et une danses d’Orient, Wendy Buonaventura, Paris : Arthaud, 1989
  • Les danses dans le monde arabe ou l'héritage des almées, Djamila Henni-Chebra, Christian Poché, Paris : L’Harmattan, 1996
  • Danser est un acte de résistance, Mariem Guellouz, TV5 Monde, 2014, Voir le site
  • Jeunes talents, l’Orient revisité , Institut du monde arabe, 2016 , Voir le site
  • Nouba de femmes, Institut du monde arabe, 2016, Voir le site

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